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La semaine

Où partent nos données quand on achète une IA ?

Semaine du 1er novembre 2026

Bonjour,

Chaque semaine, je prends un sujet d'actualité sur l'IA et j'essaie de voir ce qu'il change pour nous, dirigeants en santé. Autour, quelques nouvelles plus courtes, et d'autres que je note simplement au passage. Le geste, lui, continue à son rythme.

Cette semaine, je suis parti d'une annonce passée assez inaperçue, et qui m'a fait réfléchir à une question que beaucoup d'entre nous se posent : où vont nos données quand nous utilisons une IA ?

Ce qui s'est passé

Le 23 octobre, Google Cloud a annoncé une nouvelle façon d'acheter Claude, le modèle d'IA de l'entreprise Anthropic.

Jusque-là, les clients de Google Cloud pouvaient déjà utiliser Claude : Google faisait tourner le modèle et traitait les données dans la région choisie, Europe comprise.

Avec la nouvelle formule, prise depuis le même compte et réglée sur la même facture, c'est Anthropic qui traite les données, selon ses propres conditions. D'après sa documentation, les données conservées sont alors stockées aux États-Unis, sans option européenne. Son intérêt : les nouveautés d'Anthropic y arrivent le jour même.

Derrière le même nom de modèle, il peut donc y avoir deux entreprises différentes qui traitent nos données, et deux pays différents où elles sont conservées.

Ce que ça change pour nous

En comité de direction, on se demande souvent quel modèle utiliser. Je me demande si le chemin par lequel on y accède ne compte pas autant.

Un devis peut citer un modèle connu, hébergé chez un grand acteur du cloud, avec une mention rassurante sur l'Europe. Seul le contrat dit qui traite réellement nos données, et où elles sont conservées.

Pour un document public, l'enjeu est faible. Pour des données de santé, on sait que la réponse passe par un hébergeur certifié HDS (hébergeur de données de santé) : c'était le sujet du geste n° 3.

Et les nouveautés, comme les agents capables d'enchaîner des tâches, arrivent d'abord dans la formule où les données partent aux États-Unis. Le jour où une équipe les demandera, il faudra savoir par quel chemin elles passent.

Je ne crois pas qu'il y ait une bonne et une mauvaise formule dans l'absolu : tout dépend des données qu'on y met. L'essentiel est de le savoir, et que ce soit écrit.

À poser en CODIR

Pour chaque outil d'IA que nous payons, savons-nous qui traite nos données et dans quel pays, contrat à l'appui ?

Je crois que c'est une question à poser à l'acheteur autant qu'au DSI.

Les brèves

Ce qu'Amazon ne veut plus viser

Fin octobre, Amazon a revu les repères qui servent à évaluer ses ingénieurs. Une note interne, rapportée par la presse, reconnaît que les indicateurs d'usage de l'IA, comme la quantité consommée ou le volume de code produit, sont « profondément défaillants » quand on en fait des objectifs. Certains salariés s'étaient mis à utiliser l'outil surtout pour bien figurer dans les classements. Amazon garde ces chiffres pour observer, et dit vouloir juger ses ingénieurs sur ce qu'ils apportent aux clients et à leur équipe.

Ce que ça change pour nous. Dans nos CODIR aussi, on suit volontiers le nombre de licences ou d'utilisateurs actifs. Ces chiffres disent que l'outil est installé, sans dire grand-chose de ce qu'il apporte. La question de ce qu'on mesure vraiment mérite sans doute d'être posée avant de fixer des objectifs d'usage.

Les débutants apprendront-ils encore leur métier ?

Alexis Rollin, dans sa lettre RnD Café, part du GPS. Il cite des chercheurs de l'université McGill, au Canada, pour qui les conducteurs qui s'en servent le plus au quotidien se repèrent moins bien quand on le leur retire. Il transpose au travail de bureau : résumer une réunion, faire la première lecture d'un contrat, dépouiller un questionnaire. Ce sont les premières tâches qu'on confie à l'IA, et ce sont aussi celles qui servaient à apprendre le métier.

Une étude d'HEC Paris et de la Banque de France, publiée début octobre, donne un chiffre qui va dans ce sens. Entre novembre 2022 et mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont baissé de 28,3 % dans les métiers les plus exposés à l'IA, contre 7,5 % dans les moins exposés. Les auteurs restent prudents : rien ne prouve encore que l'IA en soit la cause.

Ce que ça change pour nous. À l'hôpital aussi, la première note d'un attaché ou le premier tableau de suivi d'un acheteur débutant sont des façons d'apprendre. Dans le geste n° 2, je proposais de donner la note à vérifier plutôt qu'à rédiger. Cette lecture m'oblige à en voir la limite : si plus personne ne rédige, qui saura encore vérifier dans quelques années ?

L'accord sur l'IA dans la fonction publique attend Force ouvrière

La fonction publique négocie depuis plusieurs mois un accord sur l'IA, qui couvre aussi l'hôpital : le dialogue social autour des outils, la formation des agents, les conditions de travail. Quatre syndicats ont décidé de le signer, la CFDT, la FA-FP, l'Unsa et la CFE-CGC. La CGT, la FSU et Solidaires le refusent. Force ouvrière donne sa réponse demain, lundi 2 novembre, et c'est elle qui fera pencher la balance.

Ce que ça change pour nous. Si l'accord entre en vigueur, nos projets d'IA deviendront un sujet de dialogue social à part entière. Avec les élections professionnelles de décembre, je crois qu'il vaut mieux ne pas attendre le texte pour en parler avec les représentants du personnel.

Noté au passage

  • Anthropic, l'entreprise qui développe Claude, a déposé le 26 octobre son dossier d'entrée en bourse. On y lit 16,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, contre 1,2 milliard un an plus tôt.
  • Cloudflare, grand prestataire d'hébergement et de sécurité sur internet, a publié le 26 octobre le rapport d'un incident : entre le 27 août et le 9 septembre, 155 réponses d'un modèle d'IA hébergé chez lui contenaient des données d'autres clients. Il n'a trouvé aucune trace d'exploitation volontaire.
  • Mistral AI a mis en libre téléchargement, fin octobre, son plus grand modèle, Mistral Large 4. Un établissement peut désormais le faire tourner sur ses propres serveurs, à condition d'en avoir les moyens techniques.
  • Les 53 États de la région Europe de l'Organisation mondiale de la santé ont adopté à l'unanimité, le 29 octobre, une première feuille de route sur l'IA en santé pour 2026-2033.

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Sources