La question
Dans les échanges que j'ai avec des dirigeants hospitaliers, la sécurité des données revient presque systématiquement lorsqu'on parle d'intelligence artificielle.
C'est bien naturel. Mais je me demande si nous ne regardons pas parfois cette question uniquement sous l'angle des risques, alors qu'elle pourrait aussi nous permettre de développer davantage les usages.
Prenons quelque chose de simple : nous souhaitons utiliser l'IA pour analyser des documents que nous manipulons quotidiennement dans nos établissements. Que pouvons-nous réellement lui confier ?
Trois documents, trois situations
Un rapport public de l'Assurance maladie. Je peux demander à une IA d'en extraire les conséquences pour mon établissement, de comparer plusieurs recommandations ou de préparer une première analyse. Les données étant publiques, le sujet de leur confidentialité se pose assez peu.
Une note financière interne. Je pourrais demander à l'IA de comparer les résultats de plusieurs pôles, d'identifier des écarts ou de préparer les questions d'une revue budgétaire. Mais le document contient cette fois des informations confidentielles. L'usage dépend des garanties offertes par le service, du contrat et des règles de l'établissement.
Un dossier patient. Les possibilités d'utilisation de l'IA sont potentiellement importantes, mais nous changeons de niveau d'exigence. Un simple abonnement professionnel ne suffit pas : le traitement nécessite un cadre juridique et technique spécifiquement adapté aux données de santé.
Ce ne sont donc pas les capacités de l'IA qui changent, mais les conditions dans lesquelles nous pouvons les utiliser.
Ce que ça change pour un dirigeant
Lorsque nous acquérons des licences professionnelles, nos équipes informatiques, juridiques et achats examinent les garanties contractuelles : confidentialité, conservation, réutilisation des données, hébergement, droits d'accès.
Mais je trouve intéressant de regarder ces garanties sous un autre angle : quels usages supplémentaires permettent-elles réellement d'ouvrir à nos équipes ?
Car il existe une différence importante entre disposer d'un outil d'IA et savoir quels documents professionnels nous pouvons lui confier.
Un cadre sécurisé ne doit pas seulement protéger l'établissement. Il doit aussi permettre aux professionnels de travailler avec davantage de confiance.
Le geste à reproduire
Je proposerais un exercice simple : choisir un document professionnel que vous n'utilisez pas encore avec l'IA, par exemple une note financière interne ou un compte rendu de réunion de direction.
Avec votre DSI et les équipes concernées, vérifiez si votre environnement professionnel permet de le traiter dans des conditions adaptées.
Si c'est le cas, essayez d'en obtenir une analyse, une comparaison ou une préparation de décision, puis appréciez ce que cela apporte réellement à votre travail.
L'objectif n'est pas de transmettre davantage de données à tout prix, mais d'utiliser pleinement les possibilités offertes par les garanties dont nous disposons déjà.
À refaire dès lundi
Lors de votre prochain échange sur l'IA, partez d'un usage concret que vous aimeriez développer et posez cette question :
À poser lundi
Avec les garanties de notre solution actuelle, pouvons-nous autoriser cet usage ? Et sinon, qu'est-ce qui nous manque ?
Je crois que c'est une bonne manière de faire de la sécurité non seulement un sujet de protection, mais aussi un levier de transformation de nos pratiques.
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Les prochains gestes
- N° 4 Et si on demandait à l’IA de nous donner tort ? Lui faire remettre à l’épreuve un projet avant de le présenter.