WalidIA

Le geste n° 2

Et si notre travail n’était plus tout à fait de produire ?

Octobre 2026

Le geste : chaque mois, ce que l'IA change dans une décision, un circuit, une équipe — à partir d'un cas que j'ai traité.

Le raté

Dans le premier numéro de WalidIA, je racontais comment j'avais utilisé l'IA pour lire autrement un rapport de plusieurs centaines de pages.

Mais cette expérience m'a posé une deuxième question, finalement plus intéressante : que fait-on du temps gagné ?

Prenons quelque chose de très banal dans une direction. Un rapport arrive. Quelqu'un le lit. Il en extrait les passages importants, rédige une note, la fait éventuellement relire. Puis cette note arrive au dirigeant qui, à son tour, la lit et décide de ce qu'il faut en faire.

Une partie importante du travail consiste donc à faire circuler l'information en la réduisant progressivement.

Avec l'IA, cette mécanique commence à bouger.

Ce que ça a changé

Sur mon rapport, par exemple, j'ai pu produire une première analyse en quelques minutes.

Je pouvais alors faire quelque chose d'un peu étrange : donner à un collaborateur une note déjà rédigée et lui demander non pas de la produire, mais de la vérifier.

Au départ, je n'étais pas certain que ce soit une bonne idée. Recevoir un travail déjà fait par une machine alors qu'on aurait auparavant été chargé de le réaliser peut assez facilement être compris comme : « mon travail sert à quoi, maintenant ? »

Or ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. C'est au moment de la vérification que le travail intéressant a commencé.

Même document, deux lectures

L'IA avait correctement lu le rapport. Mais elle l'avait lu comme une IA.

Elle ne connaissait pas nos marchés en cours. Elle ne connaissait pas nécessairement nos contraintes. Elle ne savait pas qu'une phrase apparemment secondaire pouvait avoir des conséquences importantes six mois plus tard.

Le collaborateur, lui, le savait.

Il n'a donc pas simplement corrigé quelques erreurs. Il a ajouté ce qui manquait à l'IA : la connaissance du terrain et la capacité à apprécier ce que l'information change réellement.

Et je me demande si une partie de la transformation du travail liée à l'IA ne se situe pas exactement là.

Nous allons probablement passer moins de temps à rechercher de l'information, lire des centaines de pages, reformuler ou produire une première version. Cela ne veut pas dire que nous allons moins travailler.

Cela peut vouloir dire que nous allons déplacer notre temps vers autre chose : vérifier, comparer, comprendre les conséquences, confronter une proposition à la réalité, arbitrer. Bref, passer davantage de temps sur ce qui nécessite réellement notre jugement.

Le prompt à copier

Ce prompt sert à celui qui connaît le métier, pour lire le document avec ses yeux plutôt qu'avec ceux d'un consultant.

Tu lis ce document comme [ma fonction exacte] dans [mon type
d'établissement]. Voici ce qui compte dans mon périmètre : [trois
éléments que seul quelqu'un de mon métier connaît : nos marchés en
cours, nos volumes, nos échéances]. Ne me dis pas de quoi parle le
document : dis-moi ce qu'il change pour moi, et où tu as dû deviner
faute de contexte.
[Coller le document.]

La dernière phrase est celle qui compte : elle oblige la machine à dire où elle a lu en généraliste, et c'est là que la relecture commence.

À refaire dès lundi

Prenez une note que vous auriez fait rédiger, produisez-la avec l'IA, ça prend quelques minutes, et confiez-la, avec le prompt ci-dessus, à la personne qui connaît le sujet mieux que vous. Demandez-lui ce qui est faux, et ne défendez pas la note, regardez plutôt ce qu'elle attrape.

Recevoir la lettre

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Ce que ça change dans l'organisation

Pour un dirigeant, je trouve cette perspective plutôt intéressante.

Je passe encore beaucoup de temps à lire des notes, préparer des documents, reprendre des formulations ou chercher une information que quelqu'un d'autre a déjà cherchée avant moi. Une partie de ce travail va probablement diminuer.

La vraie question est donc de savoir ce que nous allons faire du temps ainsi récupéré.

Dans nos organisations de santé, j'aimerais que la réponse soit assez simple : davantage de temps consacré aux décisions, aux équipes, aux problèmes difficiles et finalement à ce qui améliore réellement le service rendu aux patients.

Je ne sais pas encore jusqu'où ce mouvement ira. Mais je commence à regarder différemment une question que l'on pose souvent à propos de l'IA : « quels métiers va-t-elle remplacer ? »

Ce n'est peut-être pas la première question à se poser. Pour l'instant, celle qui m'intéresse davantage est beaucoup plus proche de nous : dans mon propre travail, qu'est-ce que je fais encore aujourd'hui par habitude alors que je pourrais consacrer ce temps à quelque chose de plus utile ?

Et vous

Dans votre propre travail, qu'est-ce que vous faites encore par habitude alors que l'IA pourrait vous rendre ce temps ?

En réponse directe, une ligne suffit.

Les prochains gestes

  • N° 3 Ne collez pas n'importe quel document dans n'importe quel outil. La règle en trois niveaux, et la question à poser à son DSI.
  • N° 4 Ne relisez pas tout pour vérifier ce que l'IA vous rend. Contrôler une sortie contre le document source.