Le fait
Le 12 septembre 2026, Dario Amodei, dirigeant d'Anthropic, a publié un essai intitulé We Must Pace the Frontier. Sa thèse est claire : il faut ralentir le rythme auquel progressent les capacités des modèles les plus avancés.
Quelques semaines plus tôt, le Groupe scientifique international indépendant des Nations unies sur l'intelligence artificielle, coprésidé par Yoshua Bengio et Maria Ressa, publiait son rapport préliminaire. Là aussi, le message appelait à prendre au sérieux les risques liés à des systèmes de plus en plus capables.
Quand ceux qui travaillent au plus près de ces technologies commencent à nous dire qu'elles vont peut-être trop vite, il est assez naturel de tendre l'oreille.
Et, pour un dirigeant hospitalier, une réaction est tentante : attendons un peu.
Attendons que les modèles soient plus sûrs. Que les règles soient stabilisées. Que les DSI aient davantage de recul. Que les établissements les plus avancés essuient les plâtres.
Je me demande si ce n'est pas exactement l'inverse qu'il faut faire.
Ce que ça change pour vous lundi matin
Pas accélérer le déploiement de n'importe quel outil, évidemment.
Mais accélérer notre apprentissage et notre cadrage.
Parce que pendant que nous discutons de l'opportunité d'utiliser l'IA, nos équipes, elles, l'utilisent déjà. Elles résument des documents, préparent des mails, reprennent des présentations, analysent des tableaux, testent des assistants.
Et les outils eux-mêmes évoluent très vite.
Il y a encore peu, nous parlions essentiellement d'IA capables de répondre à une question ou de produire un texte. Nous commençons maintenant à utiliser des systèmes capables d'enchaîner plusieurs tâches et, dans certains cas, d'agir dans notre environnement numérique.
Ce n'est pas tout à fait la même chose.
Le risque serait donc peut-être d'attendre. Les alertes sur les systèmes les plus avancés doivent être prises au sérieux, mais elles ne me semblent pas conduire à suspendre nos usages quotidiens. Elles me conduisent plutôt à une autre question : avons-nous suffisamment travaillé sur nos propres règles ?
Ce qui ne vous échappe pas
Quels outils acceptons-nous ? Quelles données pouvons-nous leur confier ? Dans quelles situations une production de l'IA doit-elle obligatoirement être vérifiée ? Et demain, quelles actions accepterons-nous qu'un agent réalise directement dans nos systèmes ?
Ce sont des questions beaucoup moins spectaculaires que celles qui agitent les grands laboratoires. Mais ce sont les nôtres.
Nous ne maîtrisons ni la vitesse à laquelle les modèles progressent, ni les décisions des grands acteurs de l'IA, ni même complètement le rythme auquel ces outils vont entrer dans nos organisations.
En revanche, nous pouvons décider de la manière dont nous voulons les utiliser.
Et plus la technologie accélère, plus j'ai tendance à penser que nous devons accélérer sur ce cadre.
Pas pour aller plus vite que les autres. Simplement pour éviter de découvrir nos règles après les usages.
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À poser en CODIR
Si demain nos outils d'IA ne se contentent plus de nous répondre mais commencent à agir, qu'avons-nous déjà décidé de leur laisser faire ?
Je crois que c’est une question de direction générale au moins autant qu’une question informatique.
Sources
- Dario Amodei, « We Must Pace the Frontier », 12 septembre 2026.
- Groupe scientifique international indépendant des Nations unies sur l'IA, rapport préliminaire, 1er juillet 2026.